De la chaîne d’arpenteur à l’intelligence artificielle, le géomètre-expert aura vu, en quelques décennies, les outils de ses métiers évoluer de façon spectaculaire. Si la profession a toujours su s’accorder à ces progrès technologiques, elle doit à nouveau s’adapter aux évolutions en cours.

 

L’intelligence artificielle, la réalité virtuelle… Des nouvelles technologies qui s’invitent dans les cabinets.

Transition numérique et gestion des données

Depuis sa fonction historique de «mesure de la Terre», le métier de géomètre-expert s’est élargi à de nombreux domaines. Les outils à sa disposition se sont également diversifiés au fil des siècles. Il utilise désormais divers appareils pour capter, modéliser et représenter des terrains, des réseaux, des bâtiments et infrastructures, et même des milieux naturels tels que les fonds marins. Les activités relevant des modalités de calcul et des outils de mesure sont entrées dans une nouvelle dimension: des modèles numériques permettent désormais la représentation tridimensionnelle des espaces, de même que la simulation virtuelle de leurs interactions. Les appareils de prise de vue numérique, les scanners 3D, lidar ou encore les drones, associés entre eux ainsi qu’à des systèmes de positionnement par satellite de plus en plus pointus, optimisent de ce fait la captation de l’existant. L’acquisition des données est non seulement plus rapide, mais aussi plus précise, exhaustive et fiable.
Par ailleurs, des interfaces et des logiciels de plus en plus performants permettent de traiter et d’exploiter ce volume grandissant d’informations. Lorsqu’il s’agira de conceptualiser des projets alliant bâti et réseaux de transports par exemple, des représentations virtuelles serviront de socle aux données métier de toute la chaîne de prestataires. C’est l’essence même du BIM (building information modeling). Concrétisé dans la profession sous la forme d’une maquette numérique collaborative (ou jumeau numérique), le BIM a pour vocation de fluidifier et d’optimiser les flux de travail de l’ensemble des intervenants, et ainsi de favoriser le dialogue entre tous les acteurs d’un projet. Capter l’existant pour simuler le monde de demain, c’est là une véritable valeur ajoutée aux services proposés traditionnellement par le géomètre-expert.
La quantité importante de données collectées et d’informations traitées va de pair avec l’augmentation des besoins de stockage. Pour garantir leur fiabilité et leur sécurité, qui plus est dans un contexte de partage et d’open data, des compétences en matière d’organisation, de gestion, d’archivage et de sécurisation de la donnée deviennent donc également indispensables. L’utilisation de nombreux appareils connectés, la pluralité des intervenants, le recours à des plateformes de stockage de données ou encore l’interconnexion des systèmes d’information dans le cadre du BIM font en effet des entreprises de géomètres-experts les cibles privilégiées de cyberattaques.

 

Quelles conséquences pour les entreprises ?

Ces évolutions technologiques imposent donc, en premier lieu, l’acquisition de nouvelles compétences techniques et informatiques, liées à la maîtrise des outils et logiciels de traitement. Il ne s’agit pas là d’une nouveauté: la profession a déjà connu des mutations technologiques importantes et a toujours su y faire face. Cependant, la rapidité des évolutions actuelles génère de nouvelles difficultés. Sur le plan humain, s’approprier de nouvelles technologies en un temps record ne va pas de soi pour l’ensemble des collaborateurs, dont les profils, niveaux et parcours peuvent être très variés. Ce qui est stimulant pour certains peut être générateur de stress ou de difficultés pour d’autres. La gestion des ressources humaines dans ce contexte est un véritable défi.
Selon Régis Lambert, membre de la Cpnefp, il s’agit là «d’évolutions et non de révolutions», étant donné que le sujet est évoqué depuis longtemps: «Nous avons eu le temps de nous y préparer, nous voyons où cela nous mène». Ces évolutions sont irrémédiables, mais la profession peut encore mettre en place des politiques de formation, de recrutement et d’évolution d’entreprise, indispensables. La seule véritable inconnue réside dans la capacité qu’auront d’autres filières à récupérer une partie du travail réalisé par les géomètres-experts. Les aléas économiques potentiellement subis par les entreprises seront autant de freins à la mise en place de plans de formation ou de recrutement.
Sur le plan économique, la plupart des nouvelles technologies ont un coût important lorsqu’elles émergent. Or, les petites structures ne sont pas toujours en mesure de consentir des investissements lourds. Plusieurs années peuvent se passer avant qu’elles les réalisent, lorsque les matériels sont devenus plus abordables. C’est d’autant plus préjudiciable sur le plan concurrentiel. En effet, des structures plus importantes, y compris en dehors de la profession, auront eu le temps de s’approprier la technologie et de s’emparer des marchés de prestations des champs non réservés. Pour Cécile Taffin, présidente de l’UNGE, «certains feront le choix de ne pas suivre ces évolutions technologiques et de réorienter leur activité sur d’autres prestations telles que, par exemple, l’expertise sur les questions juridiques».

 

L’intelligence artificielle, une opportunité pour la profession

Grâce aux nouvelles technologies, les délais de traitement des données se sont considérablement raccourcis. Répondant à l’évolution des besoins et des usages, elles permettent aux professionnels d’accélérer leurs processus, par conséquent d’être plus efficients. La profession de géomètre-expert n’échappe pas à l’arrivée de l’intelligence artificielle (IA), laquelle s’impose de plus en plus pour la gestion des données et leur utilisation instantanée. Traitement du bruit dans le nuage de points, prémodélisation, gestion des procédures… Nombreux sont les exemples de tâches répétitives et sans valeur ajoutée que l’IA prendra bientôt en charge, faisant gagner un temps précieux. Mieux encore, elle laisse entrevoir de nouvelles méthodes de production dites «intelligentes»: grâce à l’IA, il est désormais possible d’extraire toutes sortes d’informations des données acquises, ce qui contribue à une production modulable et adaptable aux besoins des clients. Aucune méthode n’étant infaillible, l’intervention humaine restera indispensable pour garantir la qualité des livrables: au démarrage du processus, pour veiller au bon paramétrage de l’algorithme, puis en sortie pour effectuer les contrôles d’exhaustivité et de qualité des résultats obtenus. L’IA permettra ainsi aux géomètres-experts de proposer des services de qualité, à forte valeur ajoutée, tout en en gardant la maîtrise et en garantissant la qualité des données.

 

 

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Dossier rédigé par Mélanie Biville Bindelli pour l’UNGE.
Ont participé à la réalisation de ce dossier :
Cécile Taffin (présidente de l’UNGE), Régis Lambert (président d’honneur de l’UNGE et membre de la CPNEFP), Lise Najab (chargée des territoires et de la communication à l’UNGE).
Dossier publié dans le mensuel Géomètre n° 2221, février 2024