En tant qu’acteurs de l’aménagement des territoires, les géomètres-experts sont aptes à anticiper les conséquences des phénomènes météorologiques dans l’acte de construire ainsi qu’à accompagner activement l’objectif ZAN.

 

Les conséquences du changement climatique

Le changement climatique s’accompagne de l’évolution de phénomènes naturels, dont les conséquences sont à l’origine de nouvelles problématiques. Cela concerne notamment le réseau hydrographique, tant métropolitain qu’ultramarin, lequel subit une contrainte forte lors des événements climatiques extrêmes qui se multiplient et s’intensifient. Le risque de submersion des littoraux est d’ores et déjà au cœur de réflexions, les géomètres-experts sont sollicités pour fournir aux maîtres d’ouvrage les informations qui leur permettront de sécuriser l’habitat et les infrastructures côtières. Les territoires intérieurs sont également impactés, car ils subissent les difficultés croissantes d’écoulement des eaux fluviales, entraînant de fréquentes inondations. Cécile Taffin exerce dans le Pas-de-Calais. Elle est donc le témoin direct des conséquences de ce phénomène, et regrette que la France, contrairement à d’autres pays, n’ait pas su modifier à temps sa façon de bâtir. Il est pourtant possible d’habiter en zone inondable, à condition de construire différemment pour adapter les logements aux risques. Les entreprises de géomètres-experts en charge de la conception d’opérations d’aménagements y travaillent, aux côtés des autres acteurs.
La présidente de l’UNGE identifie une autre problématique en matière environnementale, liée à l’alternance de périodes de sécheresse et de crues de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses. «Les conséquences de ces phénomènes sur les sols argileux sont redoutables, estime-t-elle, ils fragilisent considérablement les bâtiments qui ne seraient pas conçus sur des fondations adaptées.» Des lois récentes imposent la réalisation d’études de sols préalables, des zones ont été cartographiées pour illustrer le niveau de risque de retrait-gonflement argileux. Le géomètre-expert doit intégrer cet élément à ses travaux, ainsi qu’à son devoir de conseil aux clients.
Il semble par ailleurs que les infrastructures bétonnées classiques, telles que les bassins d’orage, les réseaux d’eaux pluviales urbains, etc. seront également difficiles à maintenir, car sous-dimensionnées pour faire face aux phénomènes météorologiques extrêmes et fragilisées par l’alternance d’épisodes de sécheresse et de précipitations intenses. Les techniques paysagères et le réaménagement de l’urbanisme trop exposé seraient alors les seuls recours pour adapter les territoires au changement climatique et limiter les effets de ces événements.
Les modifications cadastrales induites par ces réaménagements fonciers deviendront de ce fait de plus en plus nombreuses. Elles devront par ailleurs s’appuyer sur des compétences spécifiques en matière de gestion de l’eau, ou encore de conception paysagère par exemple, et imposeront une bonne connaissance des écosystèmes et de leur biodiversité. Mais ces compétences existent déjà chez d’autres professionnels. Pour rester acteurs de l’aménagement et comprendre les problématiques des autres intervenants, le géomètre-expert et ses collaborateurs auront besoin d’un socle de base sur les questions liées à l’environnement et au climat, mais sans la nécessité d’être spécialiste. Le dirigeant aura alors le choix d’internaliser ces compétences, ou bien de s’associer à un expert extérieur pour répondre aux marchés.

 

Transition écologique : vers un nouveau modèle

L’objectif zéro artificialisation nette (ZAN) de la récente loi climat et résilience illustre un autre sujet environnemental majeur. En effet, entre 20000 et 30000ha d’espaces naturels, agricoles et forestiers étaient, encore récemment, artificialisés chaque année en France pour la réalisation d’aménagements pour l’habitat, les commerces et activités, les infrastructures de transport ou encore les équipements publics. Or, l’artificialisation des sols est à l’origine de nombreuses pressions sur l’environnement, telles que l’amplification des risques d’inondation, la perte de biodiversité, le réchauffement climatique, la réduction de la capacité des terres agricoles à nourrir la population, ou encore le renforcement des îlots de chaleur en zone urbaine.
Les objectifs de la loi invitent notamment à repenser les manières de construire, d’habiter et de produire dans les territoires. La pression foncière induite par cette mutation va entraîner un changement de destination des bâtiments et espaces urbains, multiplier les demandes de division de volumes et les projets de copropriétés. La mise en valeur du bâti existant, parfois sous-exploité ou vacant, l’utilisation de friches industrielles ou commerciales et l’optimisation des espaces urbanisés vont devenir indispensables pour lutter contre l’artificialisation des sols. Tout ceci va étoffer considérablement l’éventail des missions des géomètres-experts.
Certes, il y a toujours un besoin criant de logements en France et tant qu’il y aura besoin de logements, il y aura besoin d’entreprises de géomètres-experts. Ces logements ont pendant longtemps été réalisés en extension sur des terrains agricoles… Or, aujourd’hui, il faut les créer autrement, dans des bâtis et des enveloppes urbaines existantes. L’orientation se fait donc clairement vers des projets plus complexes, qu’il s’agisse de restructurer une friche, de requalifier des bureaux en logements ou encore de faire de la surélévation d’immeuble (lire notre dossier dans Géomètre n°2217, octobre 2023, page 34). Si le projet est plus complexe, il faut davantage de professionnels aguerris, experts, sur ces projets. Et le géomètre-expert est assurément l’un d’eux, il a toute vocation à faire de la copropriété complexe, de la surélévation d’immeuble, de la division en volumes, à travailler sur le foncier lors de réorganisation de l’urbain… Il est à la croisée de tous les chemins. Mais attention aux effets cumulés, dans certains secteurs, de la réglementation ZAN et de décisions politiques locales encore plus fortes, à l’image de la Côte d’Azur où, par manque d’eau, tous les permis sont bloqués dans certaines collectivités. On peut redouter dans ces conditions des bouleversements importants dans l’économie générale de certaines entreprises, car il s’agit d’activités traditionnelles qui ont, dans ce contexte, vocation à diminuer voire à s’éteindre.

 

Sensibiliser les salariés aux écogestes

Adopter une démarche environnementale vertueuse se construit aussi à l’échelle de l’entreprise. En effet, garantir un cadre de vie durable passe par une révolution culturelle au sein des structures de la profession. Il s’agit d’envisager la performance de manière plus globale, en ajoutant la performance sociale, sociétale et environnementale aux objectifs économiques. La pérennité d’une entreprise suppose aujourd’hui qu’elle évalue et maîtrise l’impact de ses activités sur son écosystème. C’est aussi l’opportunité pour les géomètres-experts d’assurer à leurs clients des services de meilleure qualité, car adaptés à ces nouveaux enjeux.
Sur le plan environnemental, s’engager dans une démarche RSE présente de nombreux bénéfices à travers la diminution de l’impact des activités sur l’environnement et une mobilisation accrue en faveur de la transition écologique et énergétique. Concrètement, cela passe par la sensibilisation des salariés aux écogestes, tels que la réduction de la consommation de papier, mais aussi par l’impact environnemental des locaux et la diminution du bilan carbone.
Au-delà du volet social de la démarche, c’est l’ensemble du processus qui influence le bien-être et la résilience des collaborateurs, fidélisant les équipes et favorisant les recrutements: un réel levier à ne pas négliger, à l’heure où les géomètres-experts peinent à embaucher.

 

Retrouvez la suite du dossier sur ce lien.

 

 

Dossier rédigé par Mélanie Biville Bindelli pour l’UNGE.
Ont participé à la réalisation de ce dossier :
Cécile Taffin (présidente de l’UNGE), Régis Lambert (président d’honneur de l’UNGE et membre de la CPNEFP), Lise Najab (chargée des territoires et de la communication à l’UNGE).
Dossier publié dans le mensuel Géomètre n° 2221, février 2024